|
The Aim : Welcome inside ... Rencontré en juin 2007 au Puzzle Festival, il aura finalement fallu un an et demi pour se remettre à table avec The Aim, trio pop-rock franco-belge. C'est le temps qu'il aura fallu patienter pour finalement aboutir à la version définitive d'Emergency, premier album maintes fois repoussé. Pour la bonne cause, en attestent les nouveaux enregistrements de « Star » et « Welcome Inside », proposés dans leur état embryonnaire à l'époque sur notre playlist. Discussion avec le trio à l'occasion d'un showcase acoustique à la Fnac de Louvain-La-Neuve le 21 février dernier. Le bassiste Nicolas Debois a depuis laissé sa place à Axel Marcelis. The Aim s'est formé en 2006 sur l'envie d'écrire dans une certaine urgence sur des sujets brûlants, une approche qui a donné son titre « Emergency » à l'album dont nous parlons aujourd'hui trois ans plus tard. Pourquoi l'album, plusieurs fois repoussé, a mis tellement de temps à sortir ? Guillaume Corpard (guitares, chant): Le besoin de composer ces chansons et d'écrire ces textes était comme tu le dis urgent, et on les a aussi très vite joués sur scène. Le groupe avait l'envie d'aller directement à l'efficacité. Après, faire un album, c'est d'autres complications techniques, il faut une signature avec un label, il faut un distributeur, il faut réenregistrer des titres qui n'étaient assez bien enregistrés il faut organiser une promo,… N'y a-t-il pas eu une certaine frustration dans cette attente ? Guillaume : Si, beaucoup ! Pour te dire, on est aujourd'hui prêt à enregistrer le deuxième album alors qu'Emergency vient de sortir. Les chansons sont quasiment écrites, on pourrait aller en studio maintenant mais à la place, on fait la promo de celui-ci. L'industrie du disque impose des timings qui ne sont pas forcément en adéquation avec les volontés artistiques. Ces timings expliquent-ils les changements de line-up que le groupe a connu ? Guillaume : Dans tout groupe on peut être confronté à des changements de line-up. Regarde dEUS, pour parler d'un groupe belge : tous les membres du groupe ont changé depuis le premier album. Personnellement, je viens de France et je me suis installé en Belgique. Aujourd'hui, les musiciens qui m'entourent sont belges. Ils ne jouent pas sur l'album mais ce sont eux qui m'accompagnent pour cette tournée acoustique et pour les lives.
Guillaume : Le climat bien sûr (rires). J'avais trop chaud en France. J'avais besoin de ma petite douche froide tous les matins… Plus sérieusement, c'est vraiment le projet musical. En France, on a encore des complexes à chanter en anglais. Et même si cela commence un peu à changer, ça passe encore difficilement chez certains, notamment à cause des quotas en radios. La Belgique est vraiment un carrefour culturel où peut cohabiter l'œuvre de Jacques Brel et celle de dEUS. Comment peut-on résumer vos parcours musicaux individuels avant de vous retrouver dans The Aim ? Gilles Servais (Batterie) : J'ai commencé la batterie et les percus il y a une dizaine d'années et je suis parti étudier la musique à Londres pendant un an. Quand je suis revenu, j'ai fais pas mal de concerts évènementiels pour des grosses boîtes. C'est via les petites annonces que j'ai rencontré Guillaume. Le style The Aim est un qui me porte, pop-rock avec une grosse énergie sur scène. Guillaume : Cela demande sûrement un peu plus de travail pour ne pas dire trop de conneries, et évidemment il faut trouver les idiomes qui existent vraiment. Mais dans cette veine rock, l'anglais sonne beaucoup mieux que le français. Qui plus est, d'un point de vue littéraire, faire de bons textes en français est extrêmement difficile. C'est de la poésie. Il faut être très soigné pour s'aligner sur un Jacques Brel, un Bertrand Cantat, un Biolay ou un Gainsbourg. En anglais, il y a bien sûr Shakespeare, mais il y a aussi les Rolling Stones (rires). Or, les Stones et consorts ont décomplexé tout le monde dans le milieu du rock, parce qu'ils ont réussi à faire passer des sentiments avec des structures de phrases simples, des mots simples… Au sujet de Biolay que tu as cité, il paraît que tu aurais aimé avoir écrit son dernier album…. Guillaume : Ah oui, je suis très jaloux. C'est lui qui dans la scène actuelle est capable de me faire aimer la chanson française. C'est un surdoué dans sa façon de composer, d'arranger (de manière très anglo-saxonne d'ailleurs), d'écrire… J'aime beaucoup sa nonchalance mélangée à la profondeur de ses textes. Je conseille d'écouter ses albums et de ne pas se limiter aux quelques titres qui passent à la radio… La pochette d'Emergency illustre les thèmes abordés sur l'album. Peux-tu en expliquer les différentes idées ? Guillaume : Sur la pochette, à l'arrière-plan, les puits de pétrole en feu symbolisent la société ultra-capitaliste et ultra-consommatrice d'aujourd'hui, la quête permanente du profit. A l'avant-plan, on voit une espèce de golden-boy qui s'enchaîne à ses propres désirs, à sa cupidité. Sa tête est celle d'un animal souffrant et criant vers le ciel, parce qu'au milieu de tout ça en plus, on embarque toute la nature et toute la planète. Le choix d'une tête d'animal n'est pas innocent non plus. On aime les animaux et on aimerait qu'on les laisse tranquille. Les thématiques sont claires, c'est un mélange de révolte d'un point de vue philosophique et politique, et de grande inquiétude sur la question écologique. Mais tous les textes ne parlent pas de ça, parce qu'on parle aussi de quête spirituelle et de sentiments très communs comme l'amour et le désespoir… Gilles : Le titre de l'album, Emergency, est à prendre comme ça. On ne donne pas de leçons, mais notre message est là. On le prend ou pas, mais si on le prend, il est vraiment temps de se bouger. Par Tanguy ROOS
|